Débarquement sur l’ïle de Montréal
Le débarquement, vue par Marie Morin :

Dans cet récit du débarquement, remarquez une petite erreur qui s’est glissée dans les mémoires: elle écrit 1641 et non 1642.

Aussitôt, qu’ils aperçurent cette chère ville future les dessins de Dieu, qui n’était encore que des forets y bois debout, ils chantèrent des cantiques de joie et d’acte de grâces a Dieu de les avoir amenés si heureusement à terme, comme les Israélites firent autrefois, et mirent par terre dans le lieu ou est bâtie la ville à présent.

Mademoiselle Mance m’a raconté plusieurs fois, par récréation, que de la grève, plus demie lieue de chemin si devant, on n’avait que prairie émaillée de fleurs de toutes couleurs qui faisaient d’une beauté charmante.

Apres avoir descendu de la chaloupe et mis pied a terre, Monsieur de Chomedey ce jeta a genoux pour adorer dans cette terre sauvage et toute la compagnie avec lui pria tous ensembles, et rendirent les devoirs de Religion a la suprême Majesté de Dieu qui ne lui avait point encore été offerts en ce lieu barbare, habité par les nations qui nous font la guerre aujourd’hui jusqu’à lors.

Ils chantèrent encore des psaumes et des hymnes au Seigneur, puis les hommes travaillèrent a dresser des tantes ou pavillons, comme de vrais Israélites, pour ce mettre a couvert du plus fort des pluie et des orages, qui furent grandes et extraordinaires cette année la. Le lendemain matin, on dressa un hôtel ou toutes nos dames épuisèrent leurs industrie et leurs bijoux et firent en ce rencontre tout ce que leur dévotion leur suggéra, sur lequel le Révérend Père Du Peron, Jésuite, offrit la sainte victime de Jésus Christ, Notre Seigneur, a son père éternel en odeur de suavité, le 18e jour du mois de mai de l’année 1641.

Débarquement sur l’île de Montréal

On ne peut pas dire la joie et la consolation que ressentirent alors cette troupe élue car je les crois tous des saints. On entendait de tous côtés que des voix de cantiques, d’hymnes et de psaumes en action de grâces et de louanges a Dieu, sur tout de nos dames qui en firent leur principales affaires pendant que les hommes commencèrent à travailler pour ce faire du découvert et mettre leur vie plus en assurance.

Monsieur de Chomedey voulut abattre le premier arbre disant qu’étant le Gouverneur cet honneur lui était dû. La place ou fut dressé le saint hostel et dit la première messe a servi depuis a bâtir la maison du fort de Monsieur de Maisonneuve, si renommée et qui a existé jusqu’an l’année 82 ou 83 qu’on acheva de la démolir, quoi qu’elle ne fut que de bois, et ou est a présent la maison de Monsieur de Callières, notre Gouverneur d’aujourd’hui.

Illustration: Ville-Marie en 1642, 1886 de W. Décary. Musée de la civilisation.