Naissance du quartier Saint-Henri
Le quartier Saint-Henri, plutôt le village Saint-Henri, est né vers 1685, quand l’intendant de la Nouvelle France, Jean Talon, décide de dresser dans la colonie diverses industries essentielles à sa survie. Entre autres industries créées, telles qu’une brasserie, par exemple, il favorise la création des tanneries.
Le deuxième tannerie, créée en Nouvelle France est octroyée au marchand Jean Dedieu et au tanneur Jean Mouchère.
En raison des fortes odeurs qui se dégagent des tanneries, leur établissement à l’intérieur des cités fortifiés est interdit. Alors les nouveaux propriétaires choisissent de s’installer au coteau Saint-Pierre sur la route vers Lachine, à un endroit où coule le ruisseau Glen, car une tannerie avait besoin d’une grande quantité d’eau.
Le ruisseau Glen coulait à l’intersection actuelle des rues Saint-Jacques et De Courcelle, au milieu d’un grand bois. Aujourd’hui, le métro Place Saint-Henri se trouve à trois cents mètres du lieu et le voyage jusqu’au centre-ville ne prend que dix minutes, à la fin du XVIIe siècle, on comptait une demi-journée pour se rendre de Montréal à Saint-Henri.
En 1706, M. Gabriel Lenoir, dit Rolland, fils de François Lenoir, soldat du régiment de Carignan et de Madelaine Charbonnier, Fille du Roy, devient le premier apprenti tanneur canadien. Plusieurs générations de Gabriel Lenoir travailleront comme tanneurs ou selliers. Ils établiront plusieurs tanneries et ateliers dans le pays.
En 1781, dans le quartier de la Tannerie des Rolland, futur Saint-Henri, on retrouve onze maisons. Presque toutes sont situées sur la route qui deviendra plus tard la rue Saint-Jacques, entre les rues de Courcelle et Saint-Rémi.
À part des onze maisons, on voit en 1781, huit tanneries, six d’entre elles appartiennent à des Rolland.
En 1810, on construit une première chapelle dans le bourg des tanneurs, à l’intersection des chemins de la côte Saint-Pierre et de la côte Saint-Paul, le même endroit de la première tannerie, à l’angle de De Courcelle et Saint-Jacques. La chapelle sert également comme une école et est baptisée du nom de Saint-Henri. À l’origine de ce nom, on trouve monsieur le curé Henri-Auguste Roux, curé de la paroisse de Notre-Dame à qui appartient le village, supérieur des Sulpiciens.
En 1870, l’église Saint-Henri est érigée et l’ancienne chapelle demeure une école administrée par les Soeurs Grises.
Pour imaginer le travail dans une tannerie, nous citerons un passage du roman Le parfum de Patrick Süskind (un film a été tourné en 2007, basé sur ce roman célèbre). L’auteur décrit la tannerie typique française au milieu du XVIIIe siècle en termes suivants :
« Durant le jour, il (un garçon de 12 ans) travaillait tant qu’on y voyait clair, en hiver huit heures, en été quatorze, quinze, seize heures : il écharnait les peaux qui puaient atrocement, les faisait boire, les débourrait, les passait en chaux, les afféitait à l’acide, les meurtrissait, les enduisait de tan épais, fendait du bois, écorçait des bouleaux et des ifs, descendait dans les cuves remplies de vapeurs âcres, y posait en couches successives les peaux et les écorces selon les instructions des compagnons, y répandait des noix de galle écrasées et recouvrait cet épouvantable entassement avec des branches d’ifs et de la terre. Après une éternité, il fallait de nouveau tout exhumer et tirer de leur tombeau les cadavres de peaux momifiés par le tannage et transformés en cuir. Quand il n’était pas à enterrer ou à déterrer les peaux, c’est qu’il portait l’eau.»
( Note du GrandQuébec : « affétait » - peut être, faire enlever les poils ?)
L’église Sainte-Élisabeth-du-Portugal est située aujourd’hui à’endroit de la tannerie qui avait disparu il y deux siècles. Cette église appartenait à la communauté catholique coréenne, mais les Coréens l’ont quittée et on parle des projets de démolition de l’église (un incendie a anéanti cette église en avril 2007).
Un panneau explicatif dédié à la tannerie de Saint-Henri a été installé tout près de l’édifice de l’église.

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